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Mes observations sur la popularité historique des langages de programmation
Un ami m'a partagé la vidéo Most Popular Programming Languages: Data from 1958 to 2025 (Most Popular Programming Languages). Pour quelqu'un comme moi qui a une grande curiosité pour l'histoire de l'informatique, c'est amusant de regarder ça 🙂.
J'ai lu la description de la vidéo pour essayer d'en savoir plus sur la véracité de ce qui est présenté :
Dans cette vidéo, je présente une chronologie détaillée des langages de programmation les plus utilisés de 1958 à 2025, basée sur une analyse approfondie des données. Les classements historiques reposent sur une combinaison d'enquêtes nationales agrégées, du nombre de livres pédagogiques publiés sur chaque langage, et de la fréquence à laquelle ces langages sont mentionnés dans les publications mondiales dédiées aux logiciels et aux technologies. Pour les années récentes, les classements ont été ajustés à partir de données issues de plusieurs indices de popularité des langages de programmation, des tendances d'accès aux dépôts GitHub, et d'enquêtes auprès des développeurs.
La popularité dans ce classement est définie par le nombre de développeurs maîtrisant ou apprenant activement chaque langage. L'échelle est normalisée sur une valeur relative de 100, permettant des comparaisons cohérentes entre les langages et les périodes.
L'emoji flamme représente les langages qui ont atteint la première place au moins une fois. L'emoji tête de mort représente les langages qui ne sont plus officiellement maintenus et ne disposent plus d'une communauté de développeurs active.
Plusieurs erreurs ont été corrigées par rapport à la vidéo précédente. J'ai également étendu la chronologie de près d'une décennie, en remontant à 1958, et ajouté de nouvelles données pour 2023, 2024 et 2025.
Vos retours sont toujours les bienvenus. Une suggestion de sujet ? Envoyez-moi un message !
Quelques observations personnelles sur l'évolution des langages présentés dans la vidéo :
- Fortran et Cobol : Je pensais que Cobol était dominant, mais je découvre que non, je suis surpris, Fortran semble avoir toujours été devant. J'ai toujours beaucoup plus entendu parler de Cobol que Fortran.
- Pascal : L'un de mes premiers amours en programmation, avant Python. Je n'imaginais pas que Pascal avait été numéro 1 à partir de 1980.
J'observe que quand j'ai appris Pascal vers 1991-1992, le langage C l'avait déjà dépassé depuis 1985. - Ada : Je ne m'attendais pas à le voir aussi populaire à la fin des années 1980, et encore moins à le voir passer devant Pascal en 1988. Et au passage, un langage conçu par Jean Ichbiah, un Français, au sein de CII-Honeywell-Bull : une entreprise à capitaux mixtes franco-américains — sur commande du Pentagone.
- C : C'est impressionnant de voir comment C a tout écrasé de 1990 à 1995 !
- Perl : Il a eu sa petite heure de gloire jusqu'en 1997, avant l'arrivée de PHP. C'était juste avant que je commence le développement web. En regardant l'évolution de Perl dans la vidéo, on devine assez bien comment Java et PHP ont ensuite tué Perl sur le web.
- Visual Basic : Curieusement, il n'a jamais vraiment dominé malgré les apparences. À la fin des années 1990, j'avais pourtant l'impression que tout le monde en faisait.
- Java et PHP : C'est au début de ma carrière professionnelle, en 2001, que Java commence à être hégémonique. Mais ce qui est intéressant, c'est de voir PHP se défendre très bien face à lui.
- Python : Il commence à monter en 2006, ce qui correspond exactement à l'année où je commence à me perfectionner sérieusement dans ce langage.
- Javascript : En 2012, j'avais clairement senti une forte montée en puissance de JS avec l'arrivée de NodeJS — j'avais même publié Réflexions à propos de Node.js et de JavaScript plus globalement le 18 avril 2012 sur LinuxFr.
- Python vs Javascript : Je suis vraiment surpris de voir Python doubler JavaScript en 2017, puis Java en 2018. J'imagine que cela doit être l'effet de l'IA — TensorFlow et compagnie. Je suis surpris de constater que Javascript n'a jamais été numéro 1 !
- Golang : J'ai commencé à l'utiliser en 2015, et je suis content de voir qu'il pointe le bout de son nez dans le top 12 en 2019. J'ai une sorte d'affection pour ce langage, j'apprécie beaucoup ses valeurs.
L'origine du nom "Fedora Silverblue"
La lecture du document "Team Silverblue - The Origins " m'a appris de nombreuses choses sur les origines de la distribution Fedora Silverblue.
Avant 2018, le prédécesseur de Fedora Silverblue s'appelait "Fedora Atomic Workstation", défini comme : "image-mode container-based Fedora Workstation based on rpm-ostree".
À ses débuts, Fedora Atomic Workstation était un side project, développé et utilisé par quelques membres seulement de l'équipe Project Atomic (version du site de 2017).
Durant la conférence DevConf.CZ de janvier 2018, des participants ont présenté leur projet "Atomic Desktop". Suite à cette présentation, Owen Taylor, Sanja Bonic et Matthias Clasen ont créé un Special interest group (SIG) dédié à ce sujet dans la communauté Fedora : https://fedoraproject.org/wiki/SIGs/AtomicDesktops.
Voici comment le nom "Team Silverblue" a été choisi 2018 par Matthias Clasen et Sanja Bonic :
Couldn’t you come up with a better name?
No.
And in more detail: Matthias and Sanja have vetted over 150 words and word combination for something suitable, starting with tree names and going to atoms, physics, nature, landscapes.
Several other people have been asked to contribute. The entire process lasted for roughly 2 months, culminating in an open discussion of naming in the SIG meeting on April 16.
On April 19, Matthias and Sanja decided for the name Team Silverblue, because it was :
- available on Twitter, GitHub, and as a .org domain
- makes sense and sounds nice within the Fedora realm (color alignment)
- opens up fun and entertaining ways to have swag (silver-blue wigs, sports jerseys with the logo on it, phrasing like “Go, Team Silverblue!”, “Want to join the Team and improve Silverblue?”)
- works as Fedora Silverblue or Team Silverblue without losing branding investment
"Team Silverblue" a ensuite donné le nom Fedora Silverblue.
Le document indique que Red Hat a acquis CoreOS juste quelques jours après le lancement de cette idée de projet par les développeurs. S'agit-il d'une coïncidence heureuse 🤔 ? Le document ne le précise pas.
Journal du samedi 23 août 2025 à 14:13
Dans l'épisode "Une nouvelle histoire du Moyen Âge, avec Florian Mazel " de la web radio Storiavoce, #JaiDécouvert l'ouvrage collectif dirigé par Florian Mazel : "Nouvelle Histoire du Moyen Âge" (https://www.seuil.com/ouvrage/nouvelle-histoire-du-moyen-age-collectif/9782021460353 ).
L'émission m'a donné envie de l'acheter et de le feuilleter.
Journal du lundi 07 juillet 2025 à 23:17
J'ai appris un nouveau mot : Exégète
Je ne suis pas historien, je suis exégète.
D'après ma compréhension, un exégète est quelqu'un qui se consacre à l'explication et à l'interprétation de textes, habituellement des textes sacrés tels que la Bible, le Coran, etc.
Dans le cas d'un exégète du roman national, il s'agirait probablement d'une personne qui :
- Dissèque le discours historique officiel
- Explicite comment il est construit
- Met au jour ses implicites et ses omissions
- Analyse ses dimensions idéologiques et politiques
Attention, néanmoins, cette vidéo de Histony rappelle que Pacôme Thiellement n'est pas historien de formation et qu'il développe sa propre version du roman national, orientée à gauche. Il me semble nécessaire de conserver un regard critique sur son contenu, tout comme il faut questionner la fiabilité d'Henri Guillemin, voir : Henri Guillemin est-il fiable.
Journal du jeudi 12 juin 2025 à 23:56
La semaine dernière, j'ai fait des étapes de randonnée entre 15 et 21 km par jours.
Mon record de distance en randonnée, date du 11 avril 2024, 33 km avec 1075m de dénivelé positif cumulé, en 9h, soit 3,6 km/h de moyenne.
En ce moment, je m'intéresse au concept de brouillard de la guerre de Carl von Clausewitz et dans l'émission Radio France "Épisode 3/4 : Clausewitz a-t-il inventé la guerre absolue ?" j'ai appris (à partir de 17min) :
- Le régime de mobilité (capacité de déplacement quotidienne d'une armée) pendant la guerre de Sept Ans, 1756-1763 était de 25 km par jour
- Le régime de mobilité des armées napoléoniennes pouvait être de 40 km par jour !
40 km par jour avec l'équipement — chaussure, etc — du 19ᵉ siècle, je trouve cela énorme !
Un ami m'a partagé : La vitesse de César et de ses troupes durant les campagnes militaires en Occident
Journal du jeudi 12 juin 2025 à 21:38
Je me pose souvent des questions sur l'histoire des notations mathématiques. Quelle est l'origine d'une notation, pourquoi avoir fait ce choix, etc.
Comprendre comment une notation a émergé m'aide à la retenir.
Au cours de mes recherches par sérendipité sur ce sujet, #JaiDécouvert Florian Cajori :
Florian Cajori est un historien des mathématiques, véritable fondateur de cette discipline aux États-Unis, et auteur dans ce domaine d'ouvrages qui ont fait date.
Il a, entre autres, écrit le livre : "A History of Mathematical Notations".
Je suis ensuite tombé sur cette excellente page Wikipedia nommée "Table de symboles mathématiques", (et surtout sa version anglaise) que j'aurais adoré avoir quand je faisais mes études.
Autres ressources que j'ai croisées :
Journal du dimanche 08 décembre 2024 à 22:19
Je viens de rencontrer l'outil envdir (à ne pas confondre avec direnv) et son modèle de stockage de variables d'environnement, que je trouve très surprenant !
direnv ou dotenv utilisent de simples fichiers texte pour stocker les variables d'environnements, par exemple :
export POSTGRES_URL="postgres://postgres:password@localhost:5432/postgres"
export SMTP_HOST="127.0.0.1"
export SMTP_PORT="1025"
export MAIL_FROM="noreply@example.com"
Contrairement à ces deux outils, pour définir ces quatre variables, le modèle de stockage de envdir nécessite la création de 4 fichiers :
$ tree .
.
├── MAIL_FROM
├── POSTGRES_URL
├── SMTP_HOST
└── SMTP_PORT
1 directory, 4 files
$ cat POSTGRES_URL
postgres://postgres:password@localhost:5432/postgres
$ cat SMTP_HOST
127.0.0.1
$ cat SMTP_PORT
1025
$ cat MAIL_FROM
127.0.0.1
Je trouve ce modèle fort peu pratique. Contrairement à un simple fichier unique, le modèle de envdir présente certaines limitations :
- Organisation : il ne permet pas de structurer librement l'ordre ou de regrouper visuellement les variables.
- Lisibilité : l'ensemble de la configuration est plus difficile à visualiser d'un seul coup d'œil.
- Manipulation : copier ou coller son contenu n'est pas aussi direct qu'avec un fichier texte.
- Documentation : les commentaires ne peuvent pas être inclus pour expliquer les variables.
- Rapidité : la saisie ou la modification de plusieurs variables demande plus de temps, chaque variable étant dans un fichier distinct.
J'ai été particulièrement intrigué par le choix fait par l'auteur de envdir. Sa décision semble vraiment surprenante.
envdir fait partie du projet daemontools, créé en 1990. Ainsi, il est bien plus ancien que dotenv, qui a été lancé autour de 2010, et direnv, qui date de 2014.
Si je me remets dans le contexte des années 1990, je pense que le modèle de envdir a été avant tout motivé par une simplicité d'implémentation plutôt que d'utilisation. En effet, il est plus facile de lister les fichiers d'un répertoire et de charger leur contenu que de développer un parser de fichiers.
Je pense qu'en 2024, envdir n'a plus sa place dans un environnement informatique moderne. Je recommande vivement de le remplacer par des solutions plus récentes, comme devenv ou direnv.
Personnellement, j'utilise direnv dans tous mes projets.
Journal du lundi 28 octobre 2024 à 11:45
On m'a partagé : https://paris-atlas-historique.fr/.
Site dédié à la représentation de l'évolution historique de Paris, tout particulièrement sous son aspect spatial.
Journal du mardi 18 juin 2024 à 22:09
#JaiDécouvert ici que le Le Parti radical est le premier partie politique qui a été fondé en France.
Avant-propos et contexte
Pourquoi j'ai écrit cet article ? Parce qu'un ami m'a demandé quelles sont les alternatives en 2024 à MS Exchange.
Avant de répondre à cette question, j'ai voulu poser un peu de contexte et lui expliquer dans quel écosystème j'évolue.
Au départ, je pensais écrire quelques paragraphes à ce sujet et j'ai fini par tondre un Yak et écrire cet article.
Au moment où j'écris ces lignes, je n'ai toujours pas répondu à sa question de départ 🫣 !
Je me considère comme membre d'une culture informatique alternative, la culture "hacker" (attention, pas dans le sens pirate informatique, pour cela, j'utilise le mot cracker).
Quand un informaticien de la culture majoritaire m'interroge, il est souvent surpris de m'entendre dire que je n'ai pas installé ou utilisé Microsoft Windows depuis 20 ans.
Mon objectif dans cet article est d'essayer de leur présenter mon rapport à Microsoft.
Temps de lecture estimée : 20 minutes
Tout d'abord, voici le plan de l'article :
Tout d’abord, voici le plan de l’article :
- Je commence par installer et dépanner MS Dos et pour finir des Windows 98]
- Prise de conscience de ma situation prolétaire informatique
- Quelles alternatives à Microsoft ?
- Accès à Internet, accès à d’autres cultures
- Les conséquences sur mon parcours professionnel
- 1975 à 2014 la “guerre froide” entre Microsoft et les hackers
- Suis-je un hacker intégriste ?
- Qu’est-ce que je pense de Microsoft en 2024
- Quelques questions pour vous, lecteurs
- Ressources complémentaires en lien avec le sujet
- Remerciements
Je commence par installer et dépanner MS Dos et pour finir des Windows 98
Mon récit commence en 1991, j'ai 12 ans et je fais ma transition de l'Amstrad CPC 6128 à l'univers PC. Les éditeurs de logiciels qui m'impressionnent le plus sont Borland, Central Point Software et Microsoft. Borland pour Turbo Pascal et Turbo Assembleur. Central Point Software pour PC Tools. Microsoft pour MS Dos 5, QBasic, Windows 3.11, MS Excel 5 et MS Word 6.
J'étais vraiment impressionnée par Microsoft.
J'utilise un peu mon PC pour jouer à des jeux vidéos et principalement pour coder en Pascal, Assembleur, Delphi et pour finir Visual Basic.
La micro-informatique se développe dans les foyers français, j'ai 14 ans et de plus en plus d'amis de mes parents me demandent de leur installer des logiciels, des jeux vidéo et de leur dépanner leurs machines.
La phrase classique était « Est-ce que ton fils peut venir faire le ménage sur mon ordi, il devient un peu lent et plante souvent ces derniers temps ! ».
Généralement, cette opération de nettoyage consistait à :
- lancer une opération de défragmentation avec Compress de PC Tools et plus tard Microsoft Drive Optimizer
- supprimer des fichiers archives ou temporaires parce qu'à cette époque les disques durs étaient petits
- vérifier qu'il restait assez d'espace disque pour la mémoire swap
- Nettoyer les rouleaux des souris mécaniques
L'autre "prestation de service" était l'installation ou la réinstallation d'un kit complet, c'est-à-dire, l'OS Windows, Word, Excel, WinAMP, l'imprimante, etc. Et préalablement, je m'étais souvent chargé de sélectionner le matériel…, c'était la grande époque de la pratique de l'assembleur de PC
Avec le recul, en installant des copies légales de Windows ou même des versions piratées, j'ai malgré moi été prescripteur des solutions Microsoft !
Les années passent et les nouvelles versions se suivirent, Windows 95 et 98.
Ces années furent intellectuellement assez ennuyeuses pour moi : les ordinateurs de la majorité des gens dysfonctionnaient, je me souviens des problèmes incompréhensibles de la base de registre, DLL hell (l'enfer des DLL) et les fameux Écrans bleus de la mort !
Les seuls conseils que je pouvais leur donner se limitaient à :
- redémarrer votre ordinateur
- si cela ne fonctionne toujours pas, il va falloir faire une bonne réinstallation !
Bien que je comprenne comment développer des programmes informatiques, comment fonctionnait un microprocesseur… j'étais totalement démunie, je n'avais aucune solution pour corriger pour de bon leurs problèmes.
Je trouvais mes solutions vraiment abrutissantes : « redémarre ou réinstalle ! ».
Sans Internet, ma culture informatique était plutôt limitée. J'avais accès à quelques magazines informatiques francophones, des livres très généralistes à la Fnac de Metz et j'essayais de récupérer de la connaissance auprès de quelques amis, qui, avec le recul, étaient tout aussi perdus que moi.
Prise de conscience de ma situation prolétaire informatique
Bien qu'à l'époque je ne connaisse ni le mot ni le concept, j'ai pris peu à peu conscience que je vivais un processus de prolétarisation informatique. Ici, j'utilise la définition de prolétaire suivante :
Personne qui ne possède plus ses savoirs, desquels elle a été dépossédée par l’utilisation d’une technique.
Je pense qu'à cette époque, les seules personnes qui avaient les réponses à mes questions étaient les développeurs de Microsoft. Ils avaient accès aux codes sources de leurs applications, les drivers, la documentation interne… eux seuls étaient en mesure de comprendre et corriger les problèmes de leurs produits.
Malgré tous mes efforts, j'étais totalement dépendant de Microsoft, je n'avais aucune autonomie.
Cet univers informatique était abrutissant !
Quelles alternatives à Microsoft ?
J'avais connaissance de l'existence de OS/2 d'IBM et de BeOS, ce dernier me faisait rêver.
J'avais aussi entendu parler d'Unix ou Silicon Graphics (j'ignorais que son OS était un Unix).
Ni moi, ni aucune de mes connaissances n'avions vu fonctionner de ses propres yeux un de ces systèmes d'exploitation, tout cela m'était totalement abstrait !
À ce moment-là, la réponse à ma question était "non", je n'avais aucune alternative.
J'avais 15 ou 16 ans et par frustration, je m'étais même lancé avec une grande naïveté dans la création d'un OS directement en assembleur 🫣 (normal, il fallait qu'il soit très rapide et consomme très peu de RAM 😉).
Chose qui peut paraitre surprenante en 2024, Apple était totalement absent de mon radar. Je savais que Macintosh existait, mais il avait la réputation d'être un système moribond.
En janvier 1996, j'ai croisé une distribution Linux Slackware 3.0 sur le CD du magazine PC Team 9. J'ai essayé de l'installer avec un camarade de classe, nous n'avions absolument rien compris. Avec du recul, sans Internet, je sais que nous n'étions pas armés pour y arriver, nous n'avions pas la culture requise, par exemple, nous ne comprenions même pas le concept de login / password d'un compte utilisateur.
(En faisant quelques recherches, j'ai retrouvé d'autres personnes qui ont eu, comme moi, leur premier contact Linux avec le magazine PC Team, par exemple ici, ici ou ici).
Accès à Internet, accès à d'autres cultures
1997 ou 1998, j'ai accès à Internet, et là tout s'enchaine… J'entre dans un processus de déprolétarisation !
"Je passe de consommateur à hacker !"
Je commence tout doucement à migrer de Microsoft Windows à des systèmes Linux : RedHat 5.0 acheté à la Fnac, SUSE Linux, Mandriva et ensuite Debian 2.2, distribution sur laquelle je suis resté très longtemps.
Je découvre : l'accès au code source de logiciels, un autre pan de l'histoire informatique, le concept de logiciel libre et open source, La Cathédrale et le Bazar…
Toute tâche m'était difficile, rien ne fonctionnait du premier coup, mais tout était documenté et il était toujours possible de remonter à la source et même de contacter les développeurs.
Et cette fois, quand quelque chose ne fonctionnait pas, la réponse n'était pas : "redémarrage", "réinstallation" !
Avec du temps et de la persévérance, je pouvais comprendre ce qui ne fonctionnait pas et corriger mon erreur et éventuellement corriger le logiciel (chose bien plus difficile qu'il n'en parait).
L'environnement de bureau Linux était balbutiant, GNOME et KDE n'avaient que quelques mois d'existence, n'étaient même pas sortis en version 1 et l'organe de spécification freedesktop.org n'existait pas encore.
Tout cela était loin d'être parfait, mais en 2000, je pense que j'avais réussi à totalement migrer mon desktop sous Linux pour un usage quotidien.
C'est aussi à cette période que j'ai totalement arrêté de faire du "support informatique".
Installer des Windows était pour moi l'équivalent qu'écoper l'eau d'un bateau dont la coque était trouée.
Les conséquences sur mon parcours professionnel
Mon choix de "rejoindre" la culture hacker a eu des conséquences sur ma carrière "d'informaticien", surtout dans le contexte dans lequel je vivais : en 2001, en France, en province, plus précisément à Metz.
Je me suis fermé les portes suivantes :
- Travailler pour un directeur des systèmes d'information chargé d'encadrer l'ensemble de l'activité informatique d'une structure
- Techniciens helpdesk chargés d'assister les usagers par téléphone
- Téléassistant : préposé à l'assistance aux utilisateurs ;
- Administrateur réseau chargé de gérer les comptes et les machines d'un réseau
- Technicien de maintenance : chargé de l'assistance technique, de la disponibilité des postes de travail, des sauvegardes de données, du déploiement des ordinateurs, etc. Ils doivent veiller au bon fonctionnement du parc informatique et faire de la maintenance "préventive" ;
Manque de chance, à ma connaissance, ces postes représentaient la majorité des emplois disponibles dans le bassin d'emploi messin.
Mais j'ai eu aussi une part de chance : début 2000 était la montée en puissance du web.
Ce qui a eu pour conséquence l'augmentation du nombre d'emplois de développement de sites vitrine, d'applications web et de sites web marchants, mais aussi des emplois d'administrateur système pour gérer l'hébergement de sites web, des mails...
Les technologies qui permettaient de développer et déployer ces services étaient majoritairement construites sur des architectures open source, créées par la communauté des hackers !
Ce qui tombait bien : ces technologies faisaient partie de celles que j'étudiais et que je mettais en pratique par amusant, par hobbies depuis environ 4 ans.
1975 à 2014 la "guerre froide" entre Microsoft et les hackers
Petite section "histoire" au sujet de la “guerre froide” entre Microsoft et les hackers.
La première confrontation entre Microsoft et les hackers date de 1976 avec la lettre ouverte de Bill Gates nommée An Open Letter to Hobbyists.
Je cite l'article Wikipédia :
Il s'agit d’une des premières confrontations entre le point de vue mercantile et le point de vue des premiers hackers sur ce que sont les logiciels. L’avis des hackers rappelle en partie celui qui sera formalisé plus tard dans la définition du logiciel libre.
Plus tard, en 2001, Steve Ballmer alors CEO de Microsoft, a décrit la licence libre GPL (licence du système d'exploitation Linux), comme un cancer qui contamine la propriété intellectuelle dès qu'il la touche.
Microsoft utilisait régulièrement la technique rhétorique du FUD (Fear, uncertainty and doubt (« peur, incertitude et doute »)).
Comme beaucoup d'autres personnes, je pense que Microsoft a dominé le marché non pas en proposant les meilleurs produits (je pense que certains étaient les meilleurs, exemple Excel 1995), mais en verrouillant au maximum le marché.
Alors que les hackers proposaient des protocoles, des formats de fichiers et des API ouvertes sur des plateformes ouvertes comme l'IETF, W3C, OASIS, Unicode, Xiph.org…
Microsoft pouvait utiliser le mécanisme économique de l'effet réseau pour imposer ses normes fermées, des technologies ininteropérables ce qui avait pour conséquence de renforcer encore plus sa position dominante.
Voici un mémo envoyé à Bill Gates 21 février 1997 par Aaron Contorer, General Manager de Microsoft, qui explique bien la pratique de vendor lock-in de Microsoft :
« La Windows API est si vaste, si profonde et si fonctionnelle que la plupart des vendeurs indépendants seraient fous de ne pas l'utiliser. Et si profondément intégrée au code source de tant de logiciels Windows qu'il y a un coût énorme à changer pour un autre système d'exploitation…
C'est ce coût de changement qui a donné aux clients la patience de supporter Windows malgré toutes nos erreurs, nos bugs avec nos drivers, notre coût total de possession élevé, notre manque de vision sexy et de nombreuses autres difficultés […] Les clients évaluent certainement d'autres plates-formes de travail, [mais] ce serait tellement de travail de migrer qu'ils essaient juste d'améliorer Windows plutôt que de se forcer à migrer.
En résumé, sans cette franchise exclusive appelée Windows API, nous serions morts depuis longtemps. »
À titre d'exemple :
- Microsoft a essayé de contrer le Web avec son propre système fermé : MSN v1 (deux commentaires à ce sujet : 1, 2)
- Internet Explorer était un mauvais élève en ne respectant pas ou mal les normes du W3C ce qui avait pour conséquence de complexifier le travail des développeurs Web !
- Le format de fichier .doc de MS Word n'était pas documenté, ce qui rendait le support de ce type de fichier plus compliqué à des logiciels comme LibreOffice. La mise en forme des fichiers Word ouverts dans Writer (traitement de texte de la suite LibreOffice) était souvent cassée, ce qui décourageait les utilisateurs, qui finissaient par retourner utiliser MS Word.
Suis-je un hacker intégriste ?
Grâce, notamment, à la démocratisation de l'accès à Internet, la période allant de 1999 à 2003 a été marquée par une montée significative en puissance des logiciels libres.
Par exemple :
- Le lancement des environnements de bureaux GNOME en 1999 et KDE
- La création de l'entreprise française Mandriva en 1999
- Le projet Wine qui permettait de lancer des programmes Windows sous Linux
- La libération de OpenOffice en 2000
- Le lancement de Wikipédia en 2001
- La sortie de Firefox en 2002
- La libération de Blender en 2002
Je voyais un ras de marée, la première vague était Internet, la seconde était les logiciels libres !
Ces avancées, conjuguées aux discours de Richard Stallman ainsi qu'aux nouvelles méthodes de développement collaboratif et décentralisé, ont suscité en moi un enthousiasme débordant !
Mon euphorie, parfois exacerbée, a sans aucun doute alimenté des périodes où j'ai adopté une attitude extrémiste, voire intégriste. Cela s'est manifesté notamment à travers des phases de prosélytisme, où j'ai cherché à partager et promouvoir avec ferveur les bénéfices des logiciels libres.
Depuis, mon attitude a évolué. Assez rapidement, j'ai adopté la doctrine suivante que je m'efforce de respecter :
- Je partage sur Internet des ressources liées aux logiciels libres que j'apprécie, mais plus de prosélytisme, ce qui se traduit de la façon suivante :
- Je donne des informations, je réponds aux questions que l'on me pose.
- À moins d'une rémunération spécifique, je ne me charge plus de la migration de logiciels propriétaires vers des alternatives libres.
- Je privilégie le partage de documentation et j'encourage les individus à effectuer leurs migrations de manière autonome, ce qui correspond mieux aux valeurs de la culture hacker.
Pour moi, le but premier d'un logiciel libre n'est pas de gagner des "parts de marchés", mais de rendre service à ses utilisateurs (dont le créateur).
Après réflexion, j'ai la conviction qu'il est préférable que je consacre du temps à améliorer le code ou de la documentation de logiciels libres, ou faire des dons aux auteurs, plutôt que d'essayer de convertir des utilisateurs.
Par exemple, quand un utilisateur de Microsoft Windows me demande si je peux l'aider à le dépanner, je lui dis en toute honnêteté que je ne connais rien à Windows et qu'il est préférable qu'il demande de l'aide à quelqu'un d'autre.
Certains peuvent trouver cela extrême, mais je n'ai vraiment pas envie de perdre une minute à faire du support à la place de Microsoft, j'y ai déjà consacré trop de temps et de frustration dans les années 1990.
D'autre part, je pense que plus, j'aide ces personnes à "écoper leur OS", moins elles seront curieuses d'essayer de trouver une autre solution.
Et si une personne me demande de lui conseiller une solution alternative, je leur suggère Mac OS.
Je lui partage des informations concernant des logiciels libres, seulement si la personne me pose des questions précises et si je vois des signes de curiosité. Dans ce cas, quelques jours après, je me permets de lui envoyer quelques liens vers des ressources et je réponds à ses questions. Mon but n'était pas le "faire à la place", mais de guider.
Ma doctrine d'utilisation de logiciels propriétaires est la suivante :
- Je commence par chercher un équivalent libre au logiciel propriétaire, même s'il est moins mature, ou s'il a moins de possibilités…
- Si ce logiciel libre n'existe pas ou s'il ne me permet pas d'atteindre mon objectif, alors j'utilise le logiciel propriétaire et j'essaie de voir comment je peux soutenir ou contribuer à un projet d'alternative libre.
- J'essaie autant que possible d'investir mon énergie sur des outils, logiciels et technologies durables (j'ai écrit un article à ce sujet : Sur quelles compétences j'ai décidé ou non d'investir mon temps ?)
Qu'est-ce que je pense de Microsoft en 2024
Depuis l'arrivée de Satya Nadella à la tête de Microsoft en 2014, l'entreprise a beaucoup changé.
J'observe que Microsoft est beaucoup plus ouvert et n'est plus en guerre contre les logiciels libres.
Des faits marquants :
- Rachat de GitHub en 2018.
À l'annonce de ce rachat, la communauté des hackers, craignait le pire pour GitHub (exemples ici et ici), mais 6 ans plus tard, le bilan est très positif : Microsoft a commencé par nommer Nat Friedman CEO de GitHub, qui est un acteur important dans l'univers des logiciels libres. GitHub a gardé son autonomie. GitHub n'a pas changé son ADN et a sorti énormément de nouvelles fonctionnalités. - GitHub et donc Microsoft a racheté npm en 2020. Depuis, je n'ai rien constaté de négatif.
- Microsoft a lancé le langage TypeScript sous une licence libre et semble avoir très bien joué le jeu des spécifications ouvertes.
- Microsoft a lancé l'éditeur de code Visual Studio Code, là aussi sous une licence libre. Je pense que cet éditeur est le plus utilisé dans le monde.
- Microsoft a intégré Windows Subsystem for Linux (WSL) dans Windows 10 et ensuite WSL2, qui permet d'exécuter des exécutables binaires Linux de manière native sur Windows. Chose qui aurait été impensable si on se replace à l'époque de Steve Ballmer. (Note : à ce jour, je n'ai jamais testé WSL).
- Je n'ai jamais utilisé, mais il me semble que Microsoft Azure propose un excellent support de Linux.
- En 2020, le navigateur web de Microsoft, Edge a commencé à utiliser le moteur de rendu HTML open source nommé Blink.
Tous ces évènements sont pour moi des preuves que Microsoft a changé, que la "guerre froide" est terminée.
En 2024, je n'utilise toujours pas de logiciels propriétaires Microsoft, ce n'est pas mon écosystème, mais je pense que Microsoft est d'année en année un meilleur acteur du monde informatique 🙂.
Quelques questions pour vous, lecteurs
Après lecture de cet article, je serais heureux d'en savoir plus sur votre rapport à Microsoft, aux logiciels libres, à la culture hacker…
Voici quelques questions que j'aimerais vous poser :
- Considérez-vous que vous faites partie de la culture majoritaire mainstream des informaticiens ou de la culture hacker ?
- Si vous êtes utilisateur des solutions Microsoft :
- Avant de lire cet article, étiez-vous conscient de l'existence de la culture hacker ? Si oui, était-elle bien identifiée, comprise ?
- Est-ce que vous comprenez mon ressenti de position de prolétaire dans les années 1990 ? Est-ce que vous vous retrouvez un peu dans cette expérience ?
- Aviez-vous dans les années 1990, 2000, 2010 une bonne maitrise de votre informatique, ou la subissiez-vous ?
- Arriviez-vous à comprendre la source précise des problèmes que vous rencontrez ?
- Saviez-vous comment corriger vos problèmes de manière définitive ?
- Considériez-vous plutôt comme un acteur "consommateur" de l'informatique ou "un artisan du logiciel" ?
- Preniez-vous du plaisir à faire de l'informatique ?
Ressources complémentaires en lien avec le sujet
Pour aller plus loin sur ce sujet, je vous conseille :
- Le livre Du labeur à l'ouvrage de Laetitia Vitaud. À la lecture de ce livre, j'ai pu faire beaucoup de lien entre Arts and Crafts movement de la fin de l'époque victorienne et le mouvement hacker.
- Le livre Utopie du logiciel libre de Sébastien Broca
- Le livre Tribune Libre - Ténors de l'Informatique Libre, qui commence un peu à dater (1999), mais je trouve la partie historique des années 1970 à 2000 toujours très intéressante.
- Microsoft and open source
- Tout le travail de Bernard Stiegler sur l'économie de la contribution, la technique….
Vous pouvez trouver énormément de Bernard Stiegler sur YouTube, mais aussi du contenu écrit et audio sur arsindustrialis
Remerciements
Merci Olivier, Stanley, Alexandre et d'autres pour leur travail de relecture et leurs retours 🤗.
On m'a posé la question suivante : « Comment est-ce possible qu’a 14 ans tu puisses réparer des PC et à 16 ans tu ne savais pas ce qu’était un login et un password. ».
Voici ma réponse à cette remarque : ni MS Dos, ni Windows 3.11, ni Windows 95 n'avait de support multi-utilisateur, ce fonctionnalité est arrivé dans le monde Windows seulement dans Windows NT, système que j'ai seulement utilisé en 2000, avec Windows 2000.
On m'a posé la question suivante : « Pourquoi tu suggères une migration à MacOS alors que c'est un système fermé ? »
Voici ma réponse à cette remarque : parce que d'après mon expérience, le couple matériel Apple + OS Apple (MacOS) contient beaucoup moins de bug que Windows, j'observe que cet OS est très stable.
Posté sur :
Chaine principale : https://www.youtube.com/@notabenemovies
Chaine secondaire : https://www.youtube.com/@NotaBonus
Article Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Florian_Cajori
Nouvelle Histoire du Moyen Âge
Lien vers la page officiel du livre : https://www.seuil.com/ouvrage/nouvelle-histoire-du-moyen-age-collectif/9782021460353
Article Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Storiavoce
Florian Mazel est un historien spécaliste de l'histoire médiévale.
Article Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Florian_Mazel
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